29.5.09

Take only what you need from me.






















Where do we go from here?
The words are coming out all weird.




Toujours la même chose, des épreuves écrites et orales portant la plupart du temps sur LA partie qu'on avait zappée. De la fatigue, un moral en pilote automatique.

En résumé :

- 4 examens en 5 jours, c'est comme le Quadruple Whopper : il y a des raisons pour lesquelles ça ne doit pas exister, et pourtant...
- 712 écoutes de Modest Mouse - The world at large
- je mange des trucs totalement improbables, qui ne me tentent jamais d'habitude,
- "émotive" est un qualificatif faible : si on joint ça au point précédent, on peut dire que c'est un avant-goût de la grossesse,
- j'ai de petites phases euphoriques, qui m'exhortent à headbanger en pleine nuit d'insomnie, sur du métal bien porcin,
- les mots et phrases qui reviennent le plus souvent : "mais qu'est-ce que c'était que ça", "pourquoi?", "défoncer", "dégommer", "quelle daube", "allez courage hein", etc.,
- avant c'était déjà difficile, maintenant ça relève de la prouesse : je ne comprends pas quand on me parle.


Voilà ça en fait c'était pour changer de sujet de manière préventive, comme souvent.


Tiens, ça va faire 10 ans.

10 ans que ma vie, que les gens, que le monde, que.
10 ans que tu es là et que tu me prends tout, même ce dont je ne soupçonnais pas avoir envie un jour.
10 ans que tu m'empêches de prononcer ces 3 mots.

Et pourtant, je ne m'y habitue pas. Parce que tu as le don de jouer avec moi, de revenir quand je ne m'y attends pas, et de tout ruiner. De déchirer le patchwork de semblant de vie que j'avais patiemment cousu, un peu plus chaque soir, en m'épuisant à rêver éveillée.
Mais rien à faire, j'aurais du comprendre depuis longtemps ce que tu essaies de me dire mais je ne m'y résous pas. Tes sautes d'humeur sont pires que celles d'un borderline. Si seulement tu pouvais t'en tenir à ça...

Parfois je te tiens tête, et je relève le menton en crânant. Ça dure en général une journée, grand maximum. Un regard en coin, un bout de lèvre mordillé, les poings qui se serrent et l'estomac qui se tord : pas de doute tu es là, plus que dans la pièce, plus que dans l'air. Surtout le soir, quand il n'y a plus personne autour de moi pour croire que tu n'existes pas et pour m'en convaincre par la même occasion.
Là, tu sais que j'ai envie d'abdiquer et de les prononcer, ces 3 mots.
Et pourtant non, ou presque : je ne sais pas ce qui me retient. Alors je trouve des synonymes et des métaphores à deux balles, pour éviter de t'appeler et de t'inviter à donner ton avis. J'ai appris à te tutoyer, alors que j'ai l'impression de ne connaître que quelques-uns de tes visages. Je ne suis pas pressée de connaître les autres, ils se manifesteront d'eux-mêmes bien assez tôt. Encore une de tes méthodes d'apprentissage qui me laissent par terre, sans voix, sans larmes.

Parfois, j'abdique et baisse la tête. Mes poings se déserrent et je te demande pardon. Comme si tu ne savais pas que je n'avais rien fait, comme si ça allait te faire changer d'avis et précipiter ton départ.
Mais tu ne t'en iras pas. Ils l'ont tous dit.

J'essaie de refaire la ligne chronologique de ces 10 dernières années, de voir à quel moment j'aurais du parler pour te décider à t'en aller, au moins une fois de temps en temps. De voir à quel moment j'ai été si vulnérable, à quel moment tu as pu me cueillir comme un rapace.
A 15 ans, rien ne me préparait à te voir débarquer dans ma vie, à me faire plâtrer, enserrer dans des bandelettes brûlantes et à regarder par terre, assourdie par le rire de ceux qui sont désormais "les autres", "ceux qui" ou "ceux qui n'ont pas", selon le contexte. Parce que ça, c'est ta plus belle victoire : le clivage de mon existence en 2 parties bien distinctes, bien hétérogènes. Une contradiction, une confrontation permanente entre deux pôles qui ne se rejoindront bien sûr jamais.
Et ce n'était qu'un début. Et ce n'est qu'un début.

Toujours ces 3 mots qui ne viennent quasi jamais sans honte.

Grâce à toi, je ne sais plus ce que ça fait de se réveiller sans chuter. Sans avoir l'espoir que tout ça n'était qu'un cauchemar et que tu pourris désormais la vie de quelqu'un d'autre, même si c'est mal.
Grâce à toi, j'ai 2 options : mentir ou craquer.

"C'est injuste", n'a même plus de sens, puisque tu n'as pas de conscience, il a bien fallu l'admettre.


10 ans que je doute.
10 ans que demain ne signifie plus rien.
10 ans que j'ai envie de le dire, juste une fois sans culpabiliser...


J'ai mal.


25.5.09

Off to never never land.

















Well uh-uh baby I ain't got no plan.
We'll float on maybe would you understand?




En ce moment les conversations qui m'entourent se résument le plus souvent à :
- Taaaaaain je connais pas ça!
- Non mais c'est pas grave il posera pas.


Il en allait donc de ma survie la plus élémentaire de me dégager de ce marasme universitaire afin de conserver ce qui me reste de dignité. L'issue la plus évidente a bien sûr été celle de la prise de tête de niveau supérieur. Et forcément inutile.


Un jour, dans mon autre vie à l'Ephec, un mec est venu nous parler de sa boîte complètement up-to-date et over win-win, et il a dit "outsourcer, c'est la clé". Bon sur le moment j'ai pas trop intégré, mais vu qu'il avait un mini-pc Sony et qu'à ce moment-là (2004), ça coûtait 2500€, je me suis dit :

1) soit il dit vrai
2) soit il dit des conneries, mais avec classe et technologie.

Au final, je crois que c'était un peu des deux.

Bref, je songe à ça parce que récemment, mon attention s'est tournée vers la restructuration personnelle et donc, entre autres, physiologique. J'ai donc brainstormé en unilatéral et en ai déduit que le premier step serait dédié à l'outsourcing lacrymal.

Outsourcing : transfert de tout ou partie d'une fonction d'une organisation (entreprise ou administration) vers un partenaire externe. Consiste très souvent en la sous-traitance des activités jugées non-essentielles et non-stratégiques.*

Étant donné que faire chialer quelqu'un d'autre pour soi, c'est un peu rude, j'ai adapté la définition aux circonstances.
Il s'agira donc de diviser un point de tension important en plus petites parts, pour ensuite éliminer les moins stratégiques et donc améliorer le fonctionnement de la chaîne de production. En gros, ne pas pleurer pour un gros truc mais pour plusieurs moindres.

Avant, j'emmagasinais et je déversais tout sur un seul concept. Grossière erreur. Maintenant, je pratique le JIT (Just In Time) : chaque événement reçoit sa dose en temps et en heure, sur simple demande, au fur et à mesure. Exemple : au lieu de larmoyer sa race sur la conception globale de la vie en tant qu'illusion (ce qui est totalement 2008, on est bien d'accord), il faut partitionner en plusieurs unités indépendantes mais concordantes sur l'objectif. Exemple : un examen raté, un doigt coincé entre la porte ET la porte du frigo, et hop, un déversage moindre, occasionnant ainsi un taux de roulement des nerfs bien plus efficient sur le long terme ainsi qu'un amortissement moins violent et moins coûteux moralement. On peut donc maintenir le capital nerveux plus longtemps et plus stablement et ainsi investir dans des blue chips de combat, telles que celles du stress ou de la motivation à court terme.

Par contre Faith Popcorn n'a pas encore trouvé de tendance pour ça.

J'avais oublié à quel point le marketing était faussement malléable.


* Wiki, my dear Wiki.

23.5.09

I'm not sick but I'm not well.






















All the bad names gone
And the good ones were all wrong.




C'est pas un manque d'envie, juste un manque de temps. Ou peut-être d'envie, quand même. Je m'y perds un peu.


En ce moment, pour remplacer Tia Hellebaut qui applaudit ses pizzas 2 fois avant et 2 fois après le journal, on peut se régaler d'une somptueuse pub pour Vanish. D'ailleurs maintenant que j'y pense la comparaison se tient et le motif se répète, vu que le gosse payé plus cher pour 30 secondes que moi pour un job d'étudiant qui crève et qui lasse, donc ce sale mioche laisse tomber une pizza sur son joli pantalon Bonpoint qui a coûté un bras. Juste parce qu'il voulait impressionner son pote.

Et même qu'en plus il est mal doublé, ça au moins c'est un critère objectif.

Sa mère, au lieu de l'insulter directement et de dire "mais qu'il est con ce gosse" ou encore "ramasse et va manger dans la niche du chien", elle panique et elle fait appel à VANISH. Qui apparait sous les traits d'une sympathique milf, tout de rose vêtue, forcément.

Déjà "Vanish", je ne suis pas pour comme choix sémantique. Ça sonne aussi bien que "Cillit Bang" et puis ça ressemble à "caniche". Et les mots en -iche, pardon mais en général c'est pas les meilleurs donc la connotation affective on oublie.

En plus sa pizza avait l'air super bonne, avec de la roquette et tout dessus, et quand on tourne aux pâtes sauce rien* pendant 3 mois, ça a son importance, permettez-moi de vous dire. Je ne veux même pas imaginer le nombre de pizzas de tarés qu'ils ont du balancer à chaque prise, histoire qu'elle fasse une belle fractale en tombant sur les genoux du gamin. Si ça avait été des macarons, je crois que j'aurais porté plainte.

Mais c'est assez marrant de voir à quel point la mère joue mal le désarroi. En même temps, une mère en plein burnout parce que la chair de sa chair a dégommé son petit pantalon BEIGE avec un truc à 60% de matière grasse, je ne sais pas trop à quoi ça ressemble dans la vraie vie.

La mienne ne crisait jamais.
Pour ça.

Parce que vu que j'avais pas d'amis et que je passais mon temps dans les bouquins dès l'âge de 6 ans, elle n'a pas eu la chance de développer ses talents de tragédienne ménagère. Au pire j'avais les doigts un peu noirs à cause de l'encre, mais bon rien qui ne nécessitait d'appeler le 112 et de demander à parler à Vanish.

Au début, les bêtes histoires s'enchaînaient... mais la collection Folio Jeunesse et Judy Bloom, ça ne dure qu'un temps.

A 12 ans je savais déjà que Paul-Loup n'écrivait pas ses livres tout seul, et que même que ça sentait parce que dans "Hannah" et "L'impératrice", on ne retrouvait pas le même style.
J'ai aussi pleuré pour Gervaise et Nana qui finissent quand même pas top, belle famille. Pour Denise pas vu qu'elle ramasse le pactole à la fin. Et j'ai souffert par empathie pour la petite Lalie qui se fait battre à mort par son père et qui élève son petit frère toute seule.
Ça c'était avant de relativiser en lisant "J'avais 12 ans" de Nathalie Schweighoffer, qui elle est malheureusement bien réelle et d'un point de vue égocentrique, plus contemporaine.
Faisons également l'impasse sur les heures de cauchemars occasionnés par la lecture en boucle de "Ça", "Jessie" ou encore "Shining". Depuis, les bouches d'égout et les buissons en forme d'animaux sont un obstacle à mon épanouissement.

Ce qui fait qu'à 16 ans, quand le prof nous demandait de choisir dans une liste un Zola ou un Balzac, pas de bol, je les avais déjà forcément lus. Ne voulant pas faire décroître ma semi-cote de popularité fraîchement acquise, je n'osais pas le dire. A la place je résumais le bouquin aux autres, ce qui leur assurait parfois une note meilleure que la mienne.

La vie est ainsi faite.

Pour en revenir à la pub Vanish, il y a quand même une vengeance : à la fin de ces 30 secondes de bonheur, on peut inscrire son rejeton à un concours afin qu'il devienne "Petit roi des taches".
Si ça ça ne vaut pas au gagnant 5 ans de thérapie à l'adolescence, je ne réponds plus de rien.


* merci Gilles!

5.5.09

Nothing till the weekend.


















Jealousy, turning saints into the sea,
Turning through sick lullabies.




Ces derniers temps, les heures clignotent, défilent, mais en mal, parce que j'ai le loisir de pouvoir les compter dans le noir.
Ça brûle, ça n'a plus de sens, ça emmêle tout ce qui est friable et ça casse ce qui était emberlificoté, bien noué, bien serré. Un voyage dans tout ce à quoi on ne voulait plus jamais penser, tout ce qu'on ne voulait plus ne fut-ce qu'effleurer. Juste par plaisir.

Le sommeil reste malgré tout un jeu, et ça c'est plus que péjoratif.

Ce que j'aime avec les insomnies, c'est que l'on peut atteindre une dimension parallèle sans trop d'efforts.
Ce que j'aime moins avec les insomnies, c'est que le sol frise tellement qu'on dirait qu'il va atteindre le point de rupture*.

Et pendant ce temps-là, on me chante que "God is an excuse" et ça me fait sourire.

Mais bon, l'hypersomnie n'est pas une sinécure** non plus. Au réveil, tout semble être englobé dans une atmosphère précédant l'orage. Tout est gras, lourd et visqueux, les fins de rêves restent entortillées presque de manière obscène avec le réel, l'esprit croule souls le poids de la lenteur occasionnée par une trop longue cessation d'activité.
Et c'est encore pire si les rêves en question étaient trop agités, marathoniens à l'excès. L'impression d'une quête inachevée, d'une poitrine qui se crispe tout en restant inerte.

Le rythme cardiaque est bien trop rapide.
La torpeur est palpable.
Le malaise aussi.

On atteint des chiffres de ping colossaux mais on ne peut pas rebooter avant au moins 4h du matin, conséquence d'avoir prononcé la veille la fatale sentence "une bonne nuit de 12h et hop".

C'est toujours faux.

Autant l'insomnie nous écarte de la réalité, autant l'hypersomnie nous la flanque en pleine gueule.
Quand on ne dort pas bien, on peut le dire, les gens compatissent. Quand on dort trop et qu'on ne va pas bien, les regards sont lourds de reproches : pas d'excuse si on ne pige rien, le cerveau est normalement frais et dispo. Le marathon nocturne et chimérique, personne ne le prendra jamais au sérieux.

Au moins pendant l'insomnie, la nuit prend son temps. Les chiffres digitaux s'entassent dans un coin de la pièce, ne formant plus qu'un agglomérat rouge pétant bien irritant. Un rappel de tout ce qui est irrattrapable, de tout ce temps qu'on vient de perdre... pour rien. Du moins rien de bien.
L'imagination dépasse les barrières de la cohérence et parfois le point de non-retour. Les rêves éveillés font office d'inconscient maîtrisé. On limite d'ailleurs la casse en matière de cauchemar : en trois heures, on n'a pas des masses le temps de faire grand-chose à part récupérer ce qui est vital.
La courte nuit s'étale ensuite en couches épaisses sur la rétine, d'où cette impression au réveil d'avoir confondu le Nutella avec le collyre.
Le rythme cardiaque est incohérent mais les sourcils sont froncés, l'oeil reste un peu vif quand même : en si peu de temps, on ne s'endort pas vraiment.

Le monde apparait tel qu'il ne le sera jamais, l'imagination se fait la malle dans les recoins les plus fous du n'importe quoi. On sent que cette énergie malsaine dérange un peu et qu'elle ne durera pas mais on a envie d'y croire.

Vers 14-15h pourtant, c'est la dégringolade. Tout semble insurmontable, la fatigue se fait sentir, l'appel de la couette est bien présent, s'y refuser relève de l'impossible, pire qu'un McFlurry en période de régime. Cet état se maintiendra jusqu'à 22h : une nuit normale quoi. Puis, l'heure du coucher étant arrivée, on ira s'étaler en pensant qu'on l'a bien mérité et que cette nuit sera plus reposante que jamais. Le truc, c'est que c'est juste trop tard, l'heure est dépassée, le sommeil s'en est allé rejoindre toutes les choses improbables auxquelles on a pensé toute la journée.

Il va y avoir des pénalités.


* ou qu'il va devenir un bichon, c'est selon.
** j'avais toujours rêvé de pouvoir caser ce mot sans pour autant y arriver.

27.4.09

Burn your fingers one by one.






















You've got a great car,
Yeah, what's wrong with it today?




Si jamais l'idée me venait de comparer ma condition actuelle à celle, à tout hasard, d'il y a trois ans, je dirais que j'ai principalement passé le temps à jouer à Jenga. Aussi à apprendre des trucs, à débusquer de nouveaux animaux bizarres, à serrer les mâchoires, à concevoir l'inconcevable, à en attendre moins de la médecine, à en attendre moins..., à goûter, à rencontrer des gens hétéroclites, à lire entre plein de lignes en même temps, à entrevoir les limites du web 2.0, à affiner ma technique de cuisson du thon rouge, à franchir des frontières, à penser du bien du streaming, à revoir ma conception du bien et du mal et à découvrir de nouvelles chansons étranges. Mais quand même, surtout à jouer à Jenga.

Mais bien.

Au début, des pièces se sont échappées, les unes après les autres, sans trop se faire remarquer. Un vide par-ci, un peu d'instabilité par-là : on retient sa respiration mais on ôte une autre pièce tant bien que mal, tout en lançant un regard plein de fausse assurance à la ronde, qui retient sa respiration aussi mais pas pour les mêmes raisons. C'est le jeu.

Mais jusqu'ici, ça tenait.

Le problème est que lorsque l'on retire trop de ce qui fait la fondation, le vertige s'accentue, la précarité et le doute s'installent...le point de non-retour est proche. Il y a d'ailleurs un moment où ça tangue tellement qu'on a envie de foutre une baffe à la tour chancelante pour qu'elle s'effondre plus vite, histoire d'abréger.

Tellement l'attente est insoutenable.
Tellement ça ne vaut plus le coup de jouer .
MB avait pourtant prévenu au dos de la boîte qu'on pouvait perdre à ce jeu, mais tout de même, la chute est rude.

Ce moment-là est sans doute le plus détestable, celui qui vaut le moins la peine dans le jeu : celui où généralement, le gamin joueur fronce les sourcils, sent son pouls s'accélérer et voit le mot "perdu" clignoter sur sa rétine.

L'autre issue est donc de récupérer des pièces qui ressemblent à celles du Jenga mais qui n'en sont pas. Sinon ça ne serait pas honnête. Tout ça pour boucher les trous, pour "reconstruire" même si on sait que c'est un mensonge et que la tour ne ressemblera plus jamais à celle promise dans la pub.
Probablement pour un mieux, certainement pour un changement.

Je vais donc partir à la recherche de pièces-placebos et si ça ne tient pas, un bon coup de chatterton et il n'y paraîtra plus. Au pire, il restera toujours Jenga Xtreme, histoire de pouvoir marier incertitude ET vert fluo.


Et plus je prends conscience de ce qui est écrit sur ce blog, plus je me dis que ma haine du jeu est profitable à autrui.


21.4.09

A city wall and a trampoline.
















Say "yes"...
At least say "hello".




Un jour, y'a pas si longtemps que ça, on m'a dit que je parlais trop. Cette phrase anodine a eu pour effet une mutation en 4 temps :

1) J'ai commencé à écrire trop. Les mots ne voulaient pas* s'arrêter de couler. C'est con que ça ne se traduise pas par des couches sur la plume de mon Watterman (oui j'y tiens, f*ck Parker), sinon j'aurais pu la décortiquer comme le tronc d'un vieux chêne et compter les mots comme on compte les années. J'aurais ensuite pu en faire un tableau Excel, afin d'ainsi corréler mois, saisons et humeur avec les mots. Mais alors il aurait fallu utiliser Access pour une efficience accrue, donc finalement c'est bien que les couches restent sur les troncs et dans ma tête**.

2) Ecrire c'est bien. Mais quand mes mains ne tiennent aucun stylo ni ne frappent compulsivement des touches, il a bien fallu trouver une digue réelle à ces débordements locutifs occasionnels. C'est à cette occasion que j'ai appris à enchaîner les "hmm" et les regards en coin, généralement accompagnés d'une moue faussement dubitative : ce n'est pas une marque de désintérêt, c'est juste la concrétisation d'une barrière physique et morale à la digression intempestive. Et je sais qu'on est nombreux à pratiquer cette discipline.

3) Jamais je n'ai autant ruiné d'écouteurs que depuis cette sentence. La musique me permet en effet de fermer ma gueule. Et accessoirement de maintenir mon champ de vision périphérique en perpétuelle activité : marcher dans Bruxelles sans le son, c'est dangereux.
Vu que je ne suis pas la conversation des inconnus autour de moi, cela m'évite également d'avoir envie d'y participer, de devoir me contenir sous peine de faire un bide puis de ressentir le besoin incommensurable de devoir faire part de mes observations à mon entourage après coup.
Tout le monde y gagne, quoi.
Qui plus est, je connais désormais une cinquantaine de chansons par coeur, dans 4 langues, ce qui est inutile dans la vraie vie, mais tellement appréciable quand on joue à Buzz.

4) J'ai maintenant une quasi-admiration pour Mobistar : les 5000 sms gratuits à chaque recharge, c'est plus que vicieux. Mais bon vu que c'est quand même relativement lourd à taper et plus laggant que le langage parlé, ça freine pas mal.
Cependant, toute aide est bonne à prendre.

Si ces conséquences sont bien sûr extrêmement (?) positives, un accident est bien vite arrivé. Un taux d'alcoolémie supérieur à la norme autorisée, un coup de spleen, et bardaf. C'est exactement la même chose lorsque l'on suit un régime et que quelqu'un pose un paquet de frites devant vous : ça foire.

L'autre inconvénient est que je me dis qu'un jour, à force de trop incomplètement contenir les mots, ils vont jaillir de ma zone de Broca tels les trucs Illustrator qui s'échappent des pubs Coca-Cola. Ce jour-là, il sera donc temps de paniquer et d'entamer une retraite.

En attendant ce jour, je vais quand même essayer de trouver les couches, tout compte fait.


* ... et ne veulent toujours pas.
** Pour moi Access est à la joie de vivre ce que la purée d'anchois est à la tarte tatin.

18.4.09

Patiently correction leaves us all alone.




















If only I was sure
That my head on the door was a dream
.




L'autre jour, je lisais, pour une fois, un article un peu intelligent et élégamment intitulé "Language choice in bilingual, cross-cultural interpersonal communication"*. En gros, c'est pourquoi un couple - dont les joueurs ont chacun une langue maternelle différente - va choisir une langue plutôt qu'une autre pour communiquer. Une explication assez fréquente, bien qu'un peu pathétique, est que celui qui n'est pas dans son pays peut "imposer" sa langue, en guise de compensation territoriale. "Je fais l'effort de prendre mes petites pattes pour venir chez toi, alors apprends le mandarin, chéri". C'est gonflé.

J'aime bien.

Ailleurs**, j'ai aussi lu que certaines personnes, lorsqu'elles ne s'exprimaient pas dans leur langue maternelle, pouvaient parfois totalement changer d'opinion. Tout simplement parce qu'elles ne maîtrisaient pas assez le vocabulaire ou la syntaxe de la langue apprise pour exprimer ce qu'elles avaient sur le coeur... C'est dommage quand même, mais ça doit donner l'impression assez étrange de se mentir à soi-même ainsi qu'aux autres, juste pour sauver la face et ne pas (s') avouer qu'on est une tanche en langue. Ou tout simplement qu'on manque un peu de pratique.

Mais c'est vrai qu'à mieux y regarder, quand je parle néerlandais, j'ai tendance à légèrement simplifier...
De "ah oui, ce livre est vraiment terrible, j'ai bien aimé la symbolique et la dimension philosophique du contexte", on passe très vite à "het was leuk". C'est parfois tellement dur de ne pas buter sur les mots que, plutôt que de dire "euuuuh" 12 fois, on préférera édulcorer. Après tout, on n'y tenait pas vraiment à cette opinion : il y en a tellement d'autres qui sont beaucoup plus simples à expulser.

Bref, la communication, fléau des temps modernes s'il en est. Notre charmante société occidentale et contemporaine a d'ailleurs la manie de nous gaver affectueusement de conseils en tout genre, histoire de sauver, au choix : notre couple, notre vie, nos enfants d'une vie atroce sans flots de mots ni déballages affectifs quotidiens.
Même Science et Vie le dit.

Et oui.

On parle du bienfait de la communication, de la panacée de la métacommunication.

Et puis on voit des djeunz dans le métro qui parlent à leurs congénères avec leurs écouteurs bien enfoncés dans les oreilles, histoire de ne pas perdre une note de leur tas de décibels journaliers. Une histoire de fierté mal placée, probablement liée à Last.fm ou au compteur iTunes mais je m'égare.

Ou tous ces gens qui mettent le son de leur gsm à fond histoire que les autres ne puissent plus s'entendre, ne puissent plus s'échanger que quelques œillades outrées en soupirant bruyamment.

Donc je pense que la relève n'a pas l'air d'être (r)assurée.

En même temps, se comprendre en un coup d'œil plutôt qu'en un jet de mots, c'est parfois pas plus mal. Je crois que l'objectif à atteindre, c'est de ne pas se prendre la tête quand on n'a pas tant de temps que ça à perdre, de ne pas vouloir tout décortiquer. De laisser planer le doute et le mystère de temps en temps. De garder un peu de brut dans le taillé sur mesure.
Ça a un autre charme que de vouloir s'acharner sur de la syntaxe ou du champ lexical...et ne parlons même pas du langage non-verbal, voire pire, de l'analyse des silences. Mais il est vrai qu'il peut parfois être réconfortant de se raccrocher à des termes techniques, à des méthodes bien emportées à la pièce ainsi qu'à des comparaisons, plutôt que de s'attarder sur le côté improvisé, impulsif, émotionnel des choses.

Parfois, tout le reste n'est pas que littérature.


* Ingrid Piller, Hambourg
** oui mais j'ai oublié où.